Stephen-King-221163 STEPHEN KING, 22/11/1963, Paris, Albin Michel,936 pages,25, 90E.

Tout le monde connaît Stephen King ou croit le connaître. Auteur prolixe de romans de terreur, souvent adaptés à l’écran (Carrie; Misery etc), King se lance aujourd’hui dans l’uchronie. Jake Epping, un professeur d’anglais, retrouve  Al, un ami dans un état physique inquiétant. Ce dernier lui avoue avoir découvert une sorte de passage secret, au fond d’une caravane, « haut lieu du Fat-Burger ». Une faille temporelle où s’engouffrer dans une période déterminée: 1958- 1963.

Le thème du voyage dans le temps est un grand classique depuis Wells. Il a produit des récits insolites comme le livre étonnant de Bulwer-Lytton, « La Race à venir »(1870). Une utopie sur une civilisation souterraine, très évoluée…

Par conséquent le sujet n’est guère original. Là où Stephen King innove c’est dans l’utilisation d’un mystère de l’Histoire: qui a tué le Président Kennedy? Car Al charge Jake (Jacob) de lutter avec l’ange du destin afin d’empêcher cet assassinat. Un ange à double face dont celui de Sadie, figure de la femme aimée, et fille de criminel. Avec habileté, l’auteur mêle tous les éléments du thriller, en jouant sur les principes aristotéliciens de la pitié, de la crainte, de la terreur. La reconstitution des « golden years » s’avère pittoresque, minutieuse et convaincante. Et les allusions biographiques à son auteur, ex professeur d’anglais qui a bien connu le milieu scolaire.


Toutefois, il me semble que ce roman pèche par un défaut de rythme. Par rapport aux autres récits du même genre, l’ouverture paraît longue. Il faut attendre quatre-cents pages pour se sentir immergé dans cette chronique de l’Amérique profonde. Pourquoi n’a-t-il pas choisi un incipit in medias res, pour donner un caractère plus nerveux à sa fresque? Le lecteur lambda sera sans doute content d’avoir du papier à dévorer. Pour ma part, c’est dans la terreur qu’il excelle, et qu’il est le plus crédible.