Gerald MESSADIE, MATTHIAS ET LE DIABLE, Paris, éditions Robert Laffont, 2012, 602 pages.


  A lire ou à relire.        


À Venise, un adolescent s’éprend d’une ravissante jeune fille. Il la perd. Il manque mourir de chagrin. Désespéré il invoque le Diable pour qu’il lui rende celle qu’il aime. Ainsi débute en 1745 une aventure qui ne s’achèvera qu’au XXe siècle.
Car, à défaut de lui rendre sa bien-aimée, le Diable a fait au jeune Matthias, peintre en devenir, un présent effroyable : le don de prêter vie à n’importe laquelle des images qu’il peindra. Au fil du temps, Matthias créera donc des femmes, cherchant dans chacune d’elles l’amour perdu, l’amour avec un « A ». Mais il ne fera que découvrir la labilité du sentiment qu’il tente de saisir de siècle en siècle, car Matthias se recrée lui-même inlassablement, pour poursuivre un Absolu:

« Point de mère, jeté par sa famille adoptive comme une pomme de terre chaude, il s’était donc raccroché aux femmes comme un noyé aux roseaux du rivage ».


En compagnie d’un ami fidèle, Zanotti, Matthias voyage dans le monde autant que dans le temps. De Venise, la ville de son premier amour, il gagnera le Paris de Louis XV, dont il est chassé par le Diable pour s’installer à Londres. L’ennui à son tour le chasse aux Amériques où les Peaux-Rouges le capturent, puis l’adoptent et lui donnent une épouse avec laquelle il sera heureux. Suivent Rome, Budapest, Saint-Pétersbourg, Berlin, Los Angeles, dans les années vingt, avec Myra, actrice de cinéma… Mais à chaque fois que Matthias semble trouver un semblant de paix, le Diable le rejette dans le tourbillon de la vie. Un jeu d’échecs où se déplacent roi, reine, valet… histoire, philosophie, métaphysique et érotisme.
Dans la lignée d’un Hermann Hesse, ce roman picaresque est un chef d’œuvre sur la complexité humaine. Un nocturne du cœur et du corps, écrit avec un style étincelant et musical.