Collapsologie : littérature, sciences et environnement

Collapsologie : littérature, sciences et environnement

« Dynamics of Collapse in fantasy, the fantastic et SF / Dynamiques de l’effondrement dans le fantastique, la fantasy et la SF ». La revue universitaire Caliban n° 63, dirigée par Cyril Camus et Florent .

Ma nouvelle SF « Dans le puits » devrait paraître fin décembre.

Photographie originale

Laurence Paton copyright

Participation au festival Imajinere à Angers.

Participation au festival Imajinere à Angers.

Rêve de licorne ou comment aborder un sujet délicat : l’agression sexuelle sur des adolescent(e)s

Rêve de licorne ou comment aborder un sujet délicat : l’agression sexuelle sur des adolescent(e)s

Auteure de nombreux romans et de nouvelles, souvent destinés à la jeunesse, Sylvie Huguet s’attaque à un sujet d’actualité et particulièrement délicat : l’agression sexuelle d’un beau-père sur une mineure, Louise.

Dans Rêve de licorne, publié ce mois-ci aux éditions Assyelle, l’écrivaine a choisi le registre poético-fantastique pour aborder le thème du non consentement, dans des productions plus médiatisées. L’héroïne a 12 ans quand son père décède et que sa mère le remplace rapidement par  Axel, un archange noir qui va vite dévier de son axe. L’onomastique est importante dans ce récit  qui épouse les genres de la fantasy, de la fable et de l’apologue avec délicatesse, sans mièvrerie.  Ainsi Louise est une reine déchue quand elle comprend que l’élevage familial de chevaux est de plus en plus mal géré par sa mère, amoureuse éperdue d’Alex, au point d’être dans le déni. Pour oublier son traumatisme, elle a reporté toute son affection sur sa jument Brume de neige qui a son double féérique dans l’univers onirique, la fameuse licorne éponyme.

A la question de la résilience, Sylvie Huguet montre la voie symbolique : la licorne pointe l’existence du divin ou du moins celle d’une dimension supérieure dans l’être humain avec cette corne unique. Cette arme physique et psychique ( on pense à la double hache du culte minoéen) détruit les maléfices et transcende la sexualité. On comprend qu’elle ait fasciné alchimistes, médiévistes et poètes car elle témoigne de la puissance de régénération, forme-sens pleine de la pureté agissante, triomphante des obstacles et des pires épreuves pouvant menacer l’innocent-e.

Sans doute, le texte destiné à un jeune public sera propice à mettre en garde et à ne pas perdre espoir.

Christophe Matho au pays des meneurs de loups.

Christophe Matho au pays des meneurs de loups.

Publié avant le confinement, le premier roman de Christophe Matho, Orazio, sonne comme un bon oracle.*

Traversée d’un XXème siècle fasciste et d’un XIXème siècle rustique, ce récit enchâssé nous invite à redécouvrir les contes et légendes du Berry, immortalisés par George-Sand. Peu encline à la superstition, celle-ci a en effet publié un essai, Les Visions de la nuit dans les campagnes (1851), un recueil de Légendes rustiques (1858), dont un chapitre s’intitule Le meneu’ de loups. Un an auparavant, Alexandre-Dumas y consacrait lui aussi un roman, Le Meneur de loups.

Qu’est-ce qu’un meneur de loups ? Le manuscrit retrouvé de George-Sand, thème et objet d’Orazio répond à cette question: « Les meneurs de loups sont des sorciers qui ont la puissance de fasciner les animaux sauvages, de s’en faire suivre et de les convoquer à des cérémonies magiques dans les carrefours des forêts« .(p.130)

Si Christophe Matho nous rappelle l’importance de la tradition orale dans nos campagnes, il nous délivre un message plus universel. Le sorcier du terroir ne s’est jamais coupé de ses racines. Ne s’agit-il pas de retrouver aujourd’hui une harmonie avec la Nature ? Le meneur de loups ne serait-il pas une incarnation nostalgique d’une parole perdue, celle d’une communication avec le monde animal ?

Mais ce roman est surtout une « mise en abyme » de la littérature et de ses pouvoirs, c’est-à-dire une modalité autoréflexive d’un texte et de ses procédés. En 1893, André-Gide écrit dans son Journal : « J’aime assez qu’en une œuvre d’art on retrouve ainsi transposé, à l’échelle des personnages, le sujet même de cette œuvre« .

En se mettant en scène , éditeur devenu légataire d’un manuscrit de George-Sand, Christophe Matho montre subtilement en vrai chamane littéraire comment un livre agit sur son auteur(e) et sur son lecteur, comment il les charme. L’idéal de l’écrivain est peut-être proche du meneur de loups : réconcilier animalité et humanité ; lutter contre l’effondrement de la mémoire ; éveiller des âmes vibrantes.

* »Le loup n’est peut-être pas là où on l’attend ». (Orazio, Op. déjà cité, p.161)

Christophe Matho, Orazio, éditions Ramsay, Paris 2020, 187p.,19 e.
Mise en abyme des romans et de l’écriture de George Sand
Auteur Daniel Bernard, revue d’ethnologie, année 2002  30-1-3  pp. 163-178 
Fait partie d’un numéro thématique : Le fait du loup. De la peur à la passion : le renversement d’une image
Céline Maltère, une gente dame au royaume des sorcières…

Céline Maltère, une gente dame au royaume des sorcières…

Dernier volet du cycle de Goth, le troisième épisode du Cycle de Goth, « La Science des Folles »nous entraîne dans un univers qui mêle les époques et les registres.

Si l’héroïne Katia Trismégiste ressemble à la « Comtesse sanglante », née en 1560, en Hongrie, elle rappelle les très anciennes déesses païennes qui ont inspiré « la matière de Bretagne » et fait émerger la figure de fées ou de sorcières. Pourquoi ce surnom de « trismégiste »? On songe bien sûr à Hermès trismégiste, passeur de la Tradition primordiale.

La reine Katia est fascinée par les sciences secrètes, l’alchimie et l’anatomie. Si Céline Maltère en fait une reine cruelle, sadique, elle en fait également une figure de femme libre qui critique les préjugés liés à son sexe. Témoin l’étonnant dialogue entre le sage kabbaliste Éléazar et la reine venue lui demander de l’aider à réaliser son Golem féminin :

« L’instinct maternel n’est qu’une fable, qu’on se plaît à cultiver dans l’esprit des petites filles…

J’aimerais prouver, par toutes mes expériences, que la création est supérieure à la procréation ! « (p.181)

L’auteure aime revisiter les mythes dans son œeuvre et on reconnaît ici le clin d’œil à Prométhée.

Ce qui m’a intéressée dans ce récit, c’est ce que recouvre le terme « trismégiste ». L’universitaire Georges Bertin explique l’importance de cette triade du féminin dans une communication intitulée « Des trois Yseut aux figures de la femme et visages du temps dans la littérature arthurienne » ( in Gentes dames et méchantes fées, éditions Mens Sana, 2014.) :« Dans l’univers indo-européen d’où nos mythes sont issus, les contradictions par la loi de l’Amour ( ou attraction universelle) sont résolues, symbolisées certes par trois dieux mâles mais encore, en redoublement, par trois déesses ou par la grande déesse et ses avatars : Kâli, ou la connaissance, déesse du temps, Tara, Étoile ravageuse ou la déesse qui mène les bons voyageurs sur l’autre rive, Siddha-Râtri ; déesse des sphères, symbole du temps ». (Op. déjà cité, p. 67)

Or Katia incarne ces trois visages du Temps. Elle est Kâli, celle qui passe des heures « dans son laboratoire à recoudre » des corps féminins. Elle est Tara, guerrière, fascinée par la monstruosité, capable d’assister sans peur à des rituels de chamanisme. Et elle est Siddha-Râtri, celle qui se concilie les bonnes grâces du « Prinus de la Toundra », un être mutilé, « descendant d’Hypnos ». Elle est l’éternel féminin, la « trois fois puissante ».

Un roman pro féérique construit à partir de nombreuses références et écrit dans un style à la fois alerte et ouvragé. Katia trismégiste est la Kundry d’un récit de fantasy, en même temps que le fantasme le plus achevé d’une « maîtresse femme ».

%d blogueurs aiment cette page :