Vertiges d’Aniouta Florent : étranges vides des apparences.

Vertiges d’Aniouta Florent : étranges vides des apparences.

Vertiges, nouvelles, Paris, L’Harmattan, 2020, 171p., 17,50 E.

Cinq nouvelles… Cinq plongées dans un univers  faussement familier où les catégories spatio-temporelles vont vite se dérégler. Ainsi un  « frigo » devient un alien dans un somptueux appartement qui évoque les films de Mario Bava.  Une autoroute  digne de « Lost Highway » de David Lynch devient une piste infernale où les panneaux de signalisation se démultiplient, émissaires d’un au-delà inquiétants, parce que trop banals. Même le divan du psychanalyste n’offre pas de véritable refuge, préfigurant un autre espace avec ses territoires mythiques et angoissants. On retrouve la culture cinématographique de l’autrice qui nous livre à la fascination des images. Vertiges/ Vertigo ?

Les espaces intimes d’Aniouta, comédienne, musicienne et auteure sont hantés par l’image d’un père absent et d’une mère omniprésente, beauté glacée, à l’image de cette « photo polaroïd trop vite exposée à la lumière ». (p.96)Il subsiste une part d’espoir matérialisée par la figure masculine de l’amant. Une figure souvent salvatrice qui surgit au bout du dédale, sans illusion d’optique cette fois.

Couverture réalisée par Rebecca Allouf
Traquer la vie hors de la Terre

Traquer la vie hors de la Terre

Exoplanètes.

A voir ! Conférence diffusée en direct le 13 nov. 2020.

Ils traquent les exoplanètes, la formation des bactéries extraterrestres, poussent la notion de « vie » dans ses retranchements. On les imagine penchés sur des relevés de données obscures, recherchant la moindre variation de luminosité, analysant un pixel sur une image satellite… Mais on les retrouve parfois au sommet des Andes, pour des plongées extrêmes afin de se rapprocher des conditions sur Mars. Rencontres avec ces chercheurs passionnants, rêveurs de l’extrême tous animés d’une même certitude : la vie existe, hors de la Terre.

Nathalie Cabrol, directrice du Centre Carl Sagan pour l’étude de la vie dans l’univers au sein de l’institut Seti, astrobiologiste, plongeuse « de l’extrême », spécialiste de la recherche de la vie sur Mars et du changement climatique – en visioconférence avec Roland Lehoucq, astrophysicien au département d’astrophysique du CEA de Saclay, président des Utopiales, le festival international de science-fiction de Nantes , Franck Selsis, chercheur CNRS au laboratoire d’astrophysique de Bordeaux.

Modérateur : Guillaume Grallet, rédacteur en chef Tech, Sciences et Santé au Point

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Vertiges d’Aniouta Florent : étranges vides des apparences.

INSURRECTIONS : le recueil de nouvelles 2020 du festival Imajinere

Quinze nouvelles ; quinze pépites d’auteurs confirmés comme Jean-Marc Ligny ou Laurent Whale.

Quinze objets de controverses autour de la sécurité et de la liberté, de la culture et de son absence, de l’euthanasie ou de la quasi immortalité…

Le thème « Insurrections » fait écho à une actualité récente, celle des gilets jaunes, mais aussi d’un « sentiment de ras-le-bol », explique Pierre-Marie Soncarrieu, dans sa Préface.

Chaque auteur nous invite à une relecture de sa réalité : l’immigration et le survivalisme avec une valeur sûre, Jean-marc Ligny ; la fracture entre l’édition parisienne  et l’univers provincial d’une polygraphe pour Alexandre Granger ; le recours à l’alchimie pour lutter contre la tyrannie  par Karim Berrouka ; le modèle des comics pour remodéliser les « circuits psychiques de l’Humanité » revu par Cassandre de Delphes ; la prison numérique mise en scène par Laura Conche ; le roman d’aventures démystifié par Laurent Whale ; le recours au western pour faire sauter les cadenas pour Jean-Robert de Villadarvel ou à la sombre dystopie pour Tony Emerian.

Sans oublier la pataphysique avec le texte de Philippe Caza, la sorcellerie à l’ère du #metoo par Beth Greene, l’intelligence artificielle éthique au service d’une nouvelle humanité par Audrey Pleynet, le grand soir féministe de Julie Kemtchuaing et les délires galactiques de Vincent Dionisio. Une lecture vivifiante. Tant qu’il y aura des cerveaux et des imaginaires à co-construire, la force vitale circule.

Insurrections est un recueil nourri de toute la sève de la jeunesse, une jeunesse qui s’amuse avec les codes narratifs pour fuir l’ennui du « dimanche en Camembrie », proclamer l’importance du lien social et repousser les goules d’une « Sénéthèque ».

Vertiges d’Aniouta Florent : étranges vides des apparences.

Richard Canal : UPSIDE DOWN, I.A ou ART, de quoi doit-on avoir le plus peur ?

UPSIDE DOWN de RICHARD CANAL, éditions MNEMOS, 2020, 360 p., 22 euros.

(www. mnemos.com)

Dystopie de notre XXIème siècle marqué par les GAFA, les controverses socioscientifiques, la défiance envers les gouvernements, UPSIDE DOWN est une somme romanesque mêlant histoire, politique, philosophie… et science-fiction.

Le monde d’en haut, Up above est dirigé par des Familles, des hyperriches dont le puissant Bill Gates V, réfugié sur son « atoll » avec son épouse et sa fille, clone de l’actrice Maggie Cheung et elle-même actrice. En bas, Down below, sur une terre dévastée, polluée, surpeuplée, vivent les déshérités.

Si le monde d’en haut a été façonné par des intelligences artificielles, il reste à souligner qu’il s’agit de science-fiction. Docteur en informatique, Richard Canal fait allusion aux récents progrès dans ce domaine en les exagérant à un apprentissage profond, à un véritable pilotage des existences humaines via les data et des Intelligences Artificielles ultra complexes et sophistiquées. Il s’agit d’un raisonnement analogique, poétique plus que scientifique. Comme l’explique Jean-Gabriel Ganascia, chercheur en intelligence artificielle, dans Le Mythe de la singularité : faut-il craindre l’intelligence artificielle ? ( Le Seuil, 2017), une machine plus performante n’est pas une machine plus intelligente que l’homme.

L’auteur nous montre les dangers liés aux I.A plutôt d’ordre comportemental et cognitif : la paresse, le déni de la réalité, la perte de créativité. Ainsi Luke, le policier désabusé du roman se fait le porte-parole de Guy Debord cité par l’auteur lui-même quand il dénonce le recyclage permanent des images, des films et des œuvres en permanence.

Dans cette fresque scintillent deux points lumineux : le couple de musiciens,  KIm, la fille aux cheveux bleu Klein et Ferris, le compositeur génial adulé par les pauvres et courtisé par les riches. Ces vrais artistes qui essaient de capter les sons et émotions de leur univers pour faire la révolution sont les héros et les porteurs d’espoir d’une humanité en perdition.

Par la force de leur musique, ils éveillent l’instinct de vie et la force de réinventer une histoire, ce qui fait peur aux gouvernants d’Up Above, accrochés à leurs privilèges, préférant l’artifice de leur caverne à la réalité organique:

« Derrière le gémissement du vent, une musique est en train de naître… ».( P. 306)