BUG : le roman graphique visionnaire d’Enki Bilal

BUG : le roman graphique visionnaire d’Enki Bilal

Enki Bilal occupe une place importante depuis la fin des années 80. Dessinateur, réalisateur de cinéma et peintre, il nous livre un chef d’œuvre chez Casterman: Bug. Le modelé des personnages est plus délicat, le scénario plus léché.

En français, « bug » signifie dysfonctionnement informatique ; en anglais, le terme évoque un insecte ou un virus. Tout un programme narratif et visuel qui se déploie pour l’instant en deux tomes.

La dimension poétique de ce roman graphique met à jour sa fonction prophétique : que se passerait-il sans internet, sans smartphones, sans flux des data ? En exergue, Enki Bilal cite une réflexion de l’universitaire Yuval Harari qui met en garde les êtres humains contre la tyrannie des neurosciences et de l’informatique dans ses derniers essais.

Qu’en serait-il de la mémoire de l’humanité ?

A son insu, en mission spatiale, Kameron OBB a été envahi par un alien et se retrouve détenteur de toutes les données concernant la Terre et ses habitants. Le thème du parasite est courant en science-fiction et est revisité par Bilal qui lui donne au sens littéral couleur et vie pour nous dévoiler combien l’actualité pourrait être anxiogène s’il y avait un « bug » géant.

Esthétique et éthique sont étroitement mêlées ici et forment une fiance mutuelle.

Lecture de Tristan et Yseult par Jean Hautepierre

Lecture de Tristan et Yseult par Jean Hautepierre

THEATRE A DIRE/ A REVER

 

 TRISTAN ET YSEULT

    Tragédie en cinq actes en vers

     de Jean Hautepierre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                       Tristan                                                          Thierry GARNIER

 

                       Yseult                                                           Morgane LECLERC

 

                       Le Roi Marc / 2ème garde / Denoalen /        Jean-Philippe ARTAUD

                       Ganelon / Ogrin / Tristan le nain

                       

Governal / 1er garde / Gormond /               Rémi PICARD

            Audret / Gondwaine / Kaherdin                          

                                   

                       Le Récitant / Frocin                                     Alain MICHEL

                                   

                       La Récitante / Une Femme  /                      Catherine COTTARD

                       La Reine / Brangien / Yseult la brune    

 

L’histoire de Tristan représenta en son temps un thème radicalement nouveau : celui de l’amour fatal, qui n’a pour justification que lui-même. Ce thème, fondamentalement peu chrétien, gênait obscurément bien des forces de la société du Moyen Age, d’où la disparition de pans entiers des longs poèmes qui lui ont alors été consacrés. Il trouve une forme à la fois poétique et fidèle au mythe, tel que chacun le connaît, dans la démarche de Jean Hautepierre, auteur d’un théâtre en vers contemporain dont la prosodie, si elle n’est pas toujours strictement classique, est extrêmement réfléchie et rigoureuse.

                          

Samedi 14 avril à 15h30

Centre Résidentiel Valentin Haüy 64 rue Petit 75019 PARIS

Métro : Ourcq                                                                                                                              Entrée libre

Direction : Alain MICHEL – Contact : 06.30.11.30.97

 

Sans titre

L’Homme Maigre de Xavier OTZI ou le refus du destin zoologique…

L’Homme Maigre de Xavier OTZI ou le refus du destin zoologique…

« Chez l’homme, c’est le papillon qui devient un ver. » ( Henry de Montherlant)

 

Xavier Otzi, L’Homme  Maigre, éditions Luciférines, 2018, 209 pages, 14 €.

(editionsluciferines.com )

 

Les éditions Luciférines sont une maison d’édition récente, dans la constellation du fantastique, dirigée par une jeune femme au prénom décidé, Barbara, et au nom déterminé  » Cordier ». Pour filer la métaphore, l’éditrice a lancé une vaste « cordée » de la réussite en publiant divers récits sombres ou dérangeants dont le roman court et dense de Xavier Otzi, auteur lyonnais de L’Homme Maigre.

J’ai beaucoup apprécié ce récit qui fait écho dans mon imaginaire à la remarque ironique de Montherlant, en exergue, et au cinéma des années 30. Non seulement cette fiction s’inscrit dans le registre du fantastique contemporain, mais elle renouvelle le genre – souvent phagocyté par les récits de vampires – en nous faisant partager le quotidien de Djool, un hybride, mi homme mi annelide, aspirant à devenir homme à part entière. On notera l’importance de l’alimentation pour Djool qui doit manger de la terre pour survivre, mais s’essaie aussi à l’art culinaire italien ou lyonnais. Et l’importance du corps humain parfois encombrant pour le personnage, mais auquel il tient et que l’écrivain décrit avec acuité.

Dans l’actualité qui est la nôtre, dans un climat de méfiance envers l’étranger, où les rêves de l’homme seraient de se transformer en machine, les littératures de l’ombre jouent leur rôle de pionnière, en nous faisant revenir sur les notions d’identité et de monstre :

« Eviter de signaler sa présence. Il ne tenait pas à finir comme la créature de Frankenstein, que les villageois avaient poursuivie puis brûlée vive entre les murs du vieux moulin ». ( p.92)

Ecrit en rythme staccato, le texte nous entraîne dans l’histoire singulière d’une créature ou plus exactement dans l’histoire d’une conscience qui se révolte grâce à l’art, à la musique qui le transporte dans un monde meilleur.

Le blues cher à l’auteur. 

Quel livre au titre poétique, si questionnant !

H+ ou le transhumanisme…

H/ M ( Homme/ Maigre) ou l’homme en devenir ?

 

En tout cas, ce livre reste touchant du début à la fin, sans envisager la disparition prochaine ou même possible de l’humanité. L’Homme Maigre refuse l’obsolescence  programmée, autant que le destin zoologique.

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Patrice Dupuis ou la revisitation d’un tabou: « le sang des femmes »

Patrice Dupuis ou la revisitation d’un tabou: « le sang des femmes »

Ecrivain fidèle à son éditeur, Philippe Gindre ( les Editions La Clef d’Argent), Patrice Dupuis nous livre un cinquième recueil très engagé à la cause féministe: Le Sang des femmes.

Dans notre actualité marquée par le retour des intégrismes et de l’obscurantisme, il nous rappelle que le corps féminin a été aussi meurtri en Occident et que les « lois patriarcales ont mis le corps des femmes sous tutelle ».

Si les nouvelles de Patrice Dupuis sont marquées par un imaginaire médiéval et claustral, elles nous parlent surtout de notre présent et de notre avenir. De façon subtile, elles interrogent nos systèmes de représentation et une logique aristotélicienne obsolète:

« Dans la pensée médiévale, le destin de chacun est écrit dans la circulation des corps célestes, lesquels sont créés par Dieu. ( …)

Finalement, l’homme moderne ne pense pas de façon différente. (…) L’humanité sera toujours croyante avant d’être pensante« . 

Dans ce contexte, le sang des femmes choque, fait peur, renvoie à une obsession de la pureté, et peut-être à un refus de la chair.

 Prenant la posture de Tirésias, Patrice Dupuis interroge également notre rapport au corps et notre lien à l’autre.

Je renvoie les lecteurs à l’épilogue en forme de fable qui fait allusion à saint Augustin.

( « Nous naissons dans la merde et le sang »)

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L’univers post surréaliste d’Antoine Campo

L’univers post surréaliste d’Antoine Campo

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J’ai découvert hier soir au Studio des Ursulines l’univers musical et visuel d’Antoine Campo.

 

Mon amie Aniouta Florent présentait son sublime clip « ELSE WIDE SHUT ». ( d’après le texte d’Arthur Schnitzler)

 

 

Un beau moment dans ce cinéma fréquenté déjà par André Breton.

Fragments d’une dystopie : POINT FINAL de Sylvie Huguet

Fragments d’une dystopie : POINT FINAL de Sylvie Huguet

Je retrouve avec bonheur le dernier recueil de nouvelles de Sylvie Huguet: Point final aux éditions La Clef d’argent.

Sur le thème, « l’Enfer est pavé de bonnes intentions », l’auteur nous offre dix-neuf variations éblouissantes, dix-neuf variations Goldberg, dystopiques.

Lanceuse d’alerte, l’auteur s’avère une humaniste engagée qui tire la sonnette d’alarme. Le monde qu’elle décrit, si proche de notre actualité, voit le retour de l’obscurantisme religieux ( « Lettre à Voltaire »; « Serment »), du fanatisme (« Les Templiers d’Adam ») et de l’absurde. L’écriture est remarquable: souple, fluide, veinée d’ironie. 

Hymne à la langue française, au style qui permet de souligner l’absurdité de la justice ou l’horreur de la société de consommation, le recueil peut se lire aussi comme les Regrets des humanités. Témoin la nouvelle douce-amère, intitulée « Reconversion »:

« Les dernières années, je restais souvent dans la salle à la fin des cours, pour ramasser les pelures d’orange, les cartouches d’encre vide, les mouchoirs en papier, les emballages de sucreries, les seringues et les préservatifs usagés que les élèves avaient laissés derrière eux. C’était déjà nettoyer la merde. « 

Quelle société voulons-nous? Et plus particulièrement pour les jeunes ? Comment œuvrer au « renouveau des générations », régler le problème des retraites et de la vieillesse? Comment intégrer le handicap?

Sylvie Huguet nous montre des « visions du Futur », et nous met en garde contre des solutions radicales.

A lire et relire éperdument.

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