Rêve de licorne ou comment aborder un sujet délicat : l’agression sexuelle sur des adolescent(e)s

Rêve de licorne ou comment aborder un sujet délicat : l’agression sexuelle sur des adolescent(e)s

Auteure de nombreux romans et de nouvelles, souvent destinés à la jeunesse, Sylvie Huguet s’attaque à un sujet d’actualité et particulièrement délicat : l’agression sexuelle d’un beau-père sur une mineure, Louise.

Dans Rêve de licorne, publié ce mois-ci aux éditions Assyelle, l’écrivaine a choisi le registre poético-fantastique pour aborder le thème du non consentement, dans des productions plus médiatisées. L’héroïne a 12 ans quand son père décède et que sa mère le remplace rapidement par  Axel, un archange noir qui va vite dévier de son axe. L’onomastique est importante dans ce récit  qui épouse les genres de la fantasy, de la fable et de l’apologue avec délicatesse, sans mièvrerie.  Ainsi Louise est une reine déchue quand elle comprend que l’élevage familial de chevaux est de plus en plus mal géré par sa mère, amoureuse éperdue d’Alex, au point d’être dans le déni. Pour oublier son traumatisme, elle a reporté toute son affection sur sa jument Brume de neige qui a son double féérique dans l’univers onirique, la fameuse licorne éponyme.

A la question de la résilience, Sylvie Huguet montre la voie symbolique : la licorne pointe l’existence du divin ou du moins celle d’une dimension supérieure dans l’être humain avec cette corne unique. Cette arme physique et psychique ( on pense à la double hache du culte minoéen) détruit les maléfices et transcende la sexualité. On comprend qu’elle ait fasciné alchimistes, médiévistes et poètes car elle témoigne de la puissance de régénération, forme-sens pleine de la pureté agissante, triomphante des obstacles et des pires épreuves pouvant menacer l’innocent-e.

Sans doute, le texte destiné à un jeune public sera propice à mettre en garde et à ne pas perdre espoir.

Céline Maltère, une gente dame au royaume des sorcières…

Céline Maltère, une gente dame au royaume des sorcières…

Dernier volet du cycle de Goth, le troisième épisode du Cycle de Goth, « La Science des Folles »nous entraîne dans un univers qui mêle les époques et les registres.

Si l’héroïne Katia Trismégiste ressemble à la « Comtesse sanglante », née en 1560, en Hongrie, elle rappelle les très anciennes déesses païennes qui ont inspiré « la matière de Bretagne » et fait émerger la figure de fées ou de sorcières. Pourquoi ce surnom de « trismégiste »? On songe bien sûr à Hermès trismégiste, passeur de la Tradition primordiale.

La reine Katia est fascinée par les sciences secrètes, l’alchimie et l’anatomie. Si Céline Maltère en fait une reine cruelle, sadique, elle en fait également une figure de femme libre qui critique les préjugés liés à son sexe. Témoin l’étonnant dialogue entre le sage kabbaliste Éléazar et la reine venue lui demander de l’aider à réaliser son Golem féminin :

« L’instinct maternel n’est qu’une fable, qu’on se plaît à cultiver dans l’esprit des petites filles…

J’aimerais prouver, par toutes mes expériences, que la création est supérieure à la procréation ! « (p.181)

L’auteure aime revisiter les mythes dans son œeuvre et on reconnaît ici le clin d’œil à Prométhée.

Ce qui m’a intéressée dans ce récit, c’est ce que recouvre le terme « trismégiste ». L’universitaire Georges Bertin explique l’importance de cette triade du féminin dans une communication intitulée « Des trois Yseut aux figures de la femme et visages du temps dans la littérature arthurienne » ( in Gentes dames et méchantes fées, éditions Mens Sana, 2014.) :« Dans l’univers indo-européen d’où nos mythes sont issus, les contradictions par la loi de l’Amour ( ou attraction universelle) sont résolues, symbolisées certes par trois dieux mâles mais encore, en redoublement, par trois déesses ou par la grande déesse et ses avatars : Kâli, ou la connaissance, déesse du temps, Tara, Étoile ravageuse ou la déesse qui mène les bons voyageurs sur l’autre rive, Siddha-Râtri ; déesse des sphères, symbole du temps ». (Op. déjà cité, p. 67)

Or Katia incarne ces trois visages du Temps. Elle est Kâli, celle qui passe des heures « dans son laboratoire à recoudre » des corps féminins. Elle est Tara, guerrière, fascinée par la monstruosité, capable d’assister sans peur à des rituels de chamanisme. Et elle est Siddha-Râtri, celle qui se concilie les bonnes grâces du « Prinus de la Toundra », un être mutilé, « descendant d’Hypnos ». Elle est l’éternel féminin, la « trois fois puissante ».

Un roman pro féérique construit à partir de nombreuses références et écrit dans un style à la fois alerte et ouvragé. Katia trismégiste est la Kundry d’un récit de fantasy, en même temps que le fantasme le plus achevé d’une « maîtresse femme ».

BUG : le roman graphique visionnaire d’Enki Bilal

BUG : le roman graphique visionnaire d’Enki Bilal

Enki Bilal occupe une place importante depuis la fin des années 80. Dessinateur, réalisateur de cinéma et peintre, il nous livre un chef d’œuvre chez Casterman: Bug. Le modelé des personnages est plus délicat, le scénario plus léché.

En français, « bug » signifie dysfonctionnement informatique ; en anglais, le terme évoque un insecte ou un virus. Tout un programme narratif et visuel qui se déploie pour l’instant en deux tomes.

La dimension poétique de ce roman graphique met à jour sa fonction prophétique : que se passerait-il sans internet, sans smartphones, sans flux des data ? En exergue, Enki Bilal cite une réflexion de l’universitaire Yuval Harari qui met en garde les êtres humains contre la tyrannie des neurosciences et de l’informatique dans ses derniers essais.

Qu’en serait-il de la mémoire de l’humanité ?

A son insu, en mission spatiale, Kameron OBB a été envahi par un alien et se retrouve détenteur de toutes les données concernant la Terre et ses habitants. Le thème du parasite est courant en science-fiction et est revisité par Bilal qui lui donne au sens littéral couleur et vie pour nous dévoiler combien l’actualité pourrait être anxiogène s’il y avait un « bug » géant.

Esthétique et éthique sont étroitement mêlées ici et forment une fiance mutuelle.

Lecture de Tristan et Yseult par Jean Hautepierre

Lecture de Tristan et Yseult par Jean Hautepierre

THEATRE A DIRE/ A REVER

 

 TRISTAN ET YSEULT

    Tragédie en cinq actes en vers

     de Jean Hautepierre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                       Tristan                                                          Thierry GARNIER

 

                       Yseult                                                           Morgane LECLERC

 

                       Le Roi Marc / 2ème garde / Denoalen /        Jean-Philippe ARTAUD

                       Ganelon / Ogrin / Tristan le nain

                       

Governal / 1er garde / Gormond /               Rémi PICARD

            Audret / Gondwaine / Kaherdin                          

                                   

                       Le Récitant / Frocin                                     Alain MICHEL

                                   

                       La Récitante / Une Femme  /                      Catherine COTTARD

                       La Reine / Brangien / Yseult la brune    

 

L’histoire de Tristan représenta en son temps un thème radicalement nouveau : celui de l’amour fatal, qui n’a pour justification que lui-même. Ce thème, fondamentalement peu chrétien, gênait obscurément bien des forces de la société du Moyen Age, d’où la disparition de pans entiers des longs poèmes qui lui ont alors été consacrés. Il trouve une forme à la fois poétique et fidèle au mythe, tel que chacun le connaît, dans la démarche de Jean Hautepierre, auteur d’un théâtre en vers contemporain dont la prosodie, si elle n’est pas toujours strictement classique, est extrêmement réfléchie et rigoureuse.

                          

Samedi 14 avril à 15h30

Centre Résidentiel Valentin Haüy 64 rue Petit 75019 PARIS

Métro : Ourcq                                                                                                                              Entrée libre

Direction : Alain MICHEL – Contact : 06.30.11.30.97

 

Sans titre

L’Homme Maigre de Xavier OTZI ou le refus du destin zoologique…

L’Homme Maigre de Xavier OTZI ou le refus du destin zoologique…

« Chez l’homme, c’est le papillon qui devient un ver. » ( Henry de Montherlant)

 

Xavier Otzi, L’Homme  Maigre, éditions Luciférines, 2018, 209 pages, 14 €.

(editionsluciferines.com )

 

Les éditions Luciférines sont une maison d’édition récente, dans la constellation du fantastique, dirigée par une jeune femme au prénom décidé, Barbara, et au nom déterminé  » Cordier ». Pour filer la métaphore, l’éditrice a lancé une vaste « cordée » de la réussite en publiant divers récits sombres ou dérangeants dont le roman court et dense de Xavier Otzi, auteur lyonnais de L’Homme Maigre.

J’ai beaucoup apprécié ce récit qui fait écho dans mon imaginaire à la remarque ironique de Montherlant, en exergue, et au cinéma des années 30. Non seulement cette fiction s’inscrit dans le registre du fantastique contemporain, mais elle renouvelle le genre – souvent phagocyté par les récits de vampires – en nous faisant partager le quotidien de Djool, un hybride, mi homme mi annelide, aspirant à devenir homme à part entière. On notera l’importance de l’alimentation pour Djool qui doit manger de la terre pour survivre, mais s’essaie aussi à l’art culinaire italien ou lyonnais. Et l’importance du corps humain parfois encombrant pour le personnage, mais auquel il tient et que l’écrivain décrit avec acuité.

Dans l’actualité qui est la nôtre, dans un climat de méfiance envers l’étranger, où les rêves de l’homme seraient de se transformer en machine, les littératures de l’ombre jouent leur rôle de pionnière, en nous faisant revenir sur les notions d’identité et de monstre :

« Eviter de signaler sa présence. Il ne tenait pas à finir comme la créature de Frankenstein, que les villageois avaient poursuivie puis brûlée vive entre les murs du vieux moulin ». ( p.92)

Ecrit en rythme staccato, le texte nous entraîne dans l’histoire singulière d’une créature ou plus exactement dans l’histoire d’une conscience qui se révolte grâce à l’art, à la musique qui le transporte dans un monde meilleur.

Le blues cher à l’auteur. 

Quel livre au titre poétique, si questionnant !

H+ ou le transhumanisme…

H/ M ( Homme/ Maigre) ou l’homme en devenir ?

 

En tout cas, ce livre reste touchant du début à la fin, sans envisager la disparition prochaine ou même possible de l’humanité. L’Homme Maigre refuse l’obsolescence  programmée, autant que le destin zoologique.

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Patrice Dupuis ou la revisitation d’un tabou: « le sang des femmes »

Patrice Dupuis ou la revisitation d’un tabou: « le sang des femmes »

Ecrivain fidèle à son éditeur, Philippe Gindre ( les Editions La Clef d’Argent), Patrice Dupuis nous livre un cinquième recueil très engagé à la cause féministe: Le Sang des femmes.

Dans notre actualité marquée par le retour des intégrismes et de l’obscurantisme, il nous rappelle que le corps féminin a été aussi meurtri en Occident et que les « lois patriarcales ont mis le corps des femmes sous tutelle ».

Si les nouvelles de Patrice Dupuis sont marquées par un imaginaire médiéval et claustral, elles nous parlent surtout de notre présent et de notre avenir. De façon subtile, elles interrogent nos systèmes de représentation et une logique aristotélicienne obsolète:

« Dans la pensée médiévale, le destin de chacun est écrit dans la circulation des corps célestes, lesquels sont créés par Dieu. ( …)

Finalement, l’homme moderne ne pense pas de façon différente. (…) L’humanité sera toujours croyante avant d’être pensante« . 

Dans ce contexte, le sang des femmes choque, fait peur, renvoie à une obsession de la pureté, et peut-être à un refus de la chair.

 Prenant la posture de Tirésias, Patrice Dupuis interroge également notre rapport au corps et notre lien à l’autre.

Je renvoie les lecteurs à l’épilogue en forme de fable qui fait allusion à saint Augustin.

( « Nous naissons dans la merde et le sang »)

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